Partie 2 - MéthodologieThis is a featured page

Deuxième Partie: Méthodologie de la Recherche

Chapitre 3 – Ethnométhodologie


L’ethnométhodologie est un courant de pensée de la sociologie né dans les années 1960 aux Etats-Unis. Courant marginal, critique et longtemps critiqué, il a aujourd'hui pris ses marques au sein des communautés scientifiques anglo-saxonnes, allemandes mais encore très peu en France.

1. Les Origines

Harold Garfinkel, est considéré comme le fondateur de l'ethnométhodologie. Fortement inspiré au cours de ses études universitaires à Harvard par la théorie de l’action de Talcott Parsons, il soutient, sous sa direction, sa thèse de doctorat (The perception of the other: a study in social order) en 1952. La seconde forte référence des travaux de Garfinkel est la phénoménologie d’Alfred Schütz. C’est donc notamment à partir de ces lectures qu’il intègre dans ses travaux l’importance de l’action hic et nunc et de la compréhension (Verstehen, en allemand) du langage de «sens commun» (Schütz, 1932) du monde social, intersubjectif, autrement dit, «les procédures d’interprétation que nous mettons en œuvre dans notre vie de tous les jours, pour donner un sens à nos actions et à celles des autres» (Coulon, 2002, p. 7). Enseignant à l' Université d'Ohio puis à l'Université Californienne de Los Angeles (UCLA), il bénéficie de subventions de l'Institut National de Recherches sur les Maladies Mentales (NIMH). C'est dans ce contexte que s'effectuera la célèbre recherche sur le «cas Agnès», histoire d'un jeune transsexuel qui occupera, en 1967, un chapitre entier de l'ouvrage fondateur de l’ethnométhodologie intitulé Studies in ethnomethodology (plus communément appelé «Studies»). Le courant ethnométhodologique prend forme par l’animation du «réseau» (Mullins, 1973) avec Aaron Cicourel à partir de 1955, autour desquels s’associent notamment Harvey Sacks, Don H. Zimmermann et Lawrence Wieder. Plus tard, Cicourel, organisant le «réseau» entre Berkeley et l’UCLA, forme de nouveaux étudiants, dont Roy Turner et David Sudnow.

C’est à partir de ce réseau d’ethnométhodologues que le mouvement prend de l’ampleur au sein d’une sociologie américaine institutionnelle de plus en plus contestée, et élargira son rayonnement dans certaines écoles européennes.

2. Apports ethnométhodologiques majeurs

L’ethnométhodologie n’entend pas développer de nouvelles méthodes vis-à-vis de celles que l’on rencontre déjà dans la sociologie traditionnelle. Il s’agit en revanche d’introduire une critique très spécifique quant aux positions «classiques» de la recherche sociologique. Cette critique se manifeste par un rejet catégorique des méthodes quantitatives, fondé sur une vision constructiviste des questions qui touchent le réel social. Ceci s’explique à travers le postulat interactionniste selon lequel, les objets sociaux étant construits, leur significations (sociales) et représentations (interpersonnelles) naissent dans l’interaction et nécessitent, en fonction des situations (spatiotemporelles), des (re)négociations (Coulon, 2002). Ce point de vue sociologique, certes épistémologiquement contraire aux théories classiques, ne se veut pas pour autant antagoniste, mais complémentaire des analyses sociologiques positivistes. Ainsi, lorsque la «doctrine» classique interroge d’un point de vue objectif et rationnel, définissant «[…] l’institution comme une forme sociale définie en dehors des acteurs, comme un ensemble de normes s’imposant à eux[…]» (Coulon, 2002, p. 50), l’approche ethnométhodologique subjective et praxéologique, «[…] inversera le rapport que les membres entretiennent avec leurs institutions, qu’ils contribuent au contraire à fabriquer dans une bricolage institutionnel permanant.» (Ibid., 2002, p. 50). L’objectif de l’ethnométhodologie n’est donc pas d'améliorer les technologies de l'enquête, ni d'apporter des techniques qui pourraient s'ajouter aux procédures courantes du travail de terrain. Leur finalité, inscrite dans le projet central de l'ethnométhodologie, est de mettre en lumière les processus qui, reprenant le titre de l'ouvrage de phénoménologie sociale de Berger et Luckmann (1966), gouvernent la «construction sociale de la réalité».

Les apports majeurs de l’ethnométhodologie recouvrent principalement l’agencement de concepts-clefs complémentaires et solidaires (Coulon, 2002) (2.1.), essentiellement empruntés à d’autres disciplines des sciences humaines et sociales et l’utilisation de méthodes qualitatives (2.2.) inédites en sociologie, elles aussi issues d’autres disciplines, dont notamment l’ethnographie.


2.1. Les concepts ethnométhodologiques

Relatant de ces principes, mis en place par les ethnométhodologues, Benetta Jules-Rosette (1985) retient principalement l’articulation de huit concepts:

  • · La pratique de l'action socialisée :

Garfinkel s’intéresse aux «activités pratiques, […] circonstances pratiques, et […] raisonnement sociologique pratique, comme des sujets d’étude empirique. En accordant aux activités banales de la vie quotidienne la même attention qu’on accorde habituellement aux événements extraordinaires, on cherchera à les saisir comme des phénomènes de plein droit.» (Garfinkel, 1967, p. 1). Ce qui est recherché concerne «la validité praxéologique de l’action guidée par des instructions» (Garfinkel, 2001/1996, p. 37). Il souligne en introduction des Studies que «[…] la sociologie, qu'elle soit pratiquée par des profanes ou des professionnels, s'applique au «monde réel », à des activités organisées de la vie quotidienne.» (Garfinkel, 1967, p. 1).

L’ethnométhodologue est donc un sociologue de la pratique sociale. C’est à travers l’étude des activités du «monde réel» et plus précisément du langage de sens commun qu’il peut rendre compte («account») des phénomènes de production et d’organisation sociale. «L'idée centrale de ces textes est que les moyens à l'aide desquels les membres produisent et gèrent leurs affaires quotidiennes sont identiques à ceux qu'ils emploient pour rendre compte de ces événements quotidiens.» (Ibid., 1967, p. 1). En d’autres termes, les acteurs en situation d’agir ont à la fois la capacité de décrire ces actions et d’en instruire le sens. Cette approche tend à contrecarrer la vision dogmatique de la sociologie, dont «la grille de description scientifique» (Coulon, 2002, p. 24) altère la perception des phénomènes quotidiens. C’est en ce sens que Garfinkel propose l’étude de la pratique, ainsi, «là où d’autres voient des données, des faits, des choses, l’ethnométhodologue voit (ou tente de voir) un processus: le processus à travers lequel les traits de l’apparente stabilité de l’organisation sociale sont continuellement créés et entretenues.[1]» (Pollner, 1974, p. 27)

  • · L'indexicalité

Le terme est emprunté à la linguistique. L’indexicalité recouvre vraisemblablement le fait que la signification d’un mot, d’un discours, etc., soit lié à son contexte d’énonciation. Garfinkel (1967) précise que le caractère indexical d’une expression ne trouve de sens qu’au regard des éléments pragmatiques contextuels (objets et/ou sujets en présence, temps, espace, etc.). Il existe aussi un lien direct entre situation et indexicalité à la faveur du changement. Une modification contextuelle apparaît alors comme source probable de modification indexicale. Ainsi, au-delà de la détermination propre de chaque mot, des significations «transsituationnelles» (Coulon, 2002, p. 26) peuvent aussi s’y rapporter. De plus, Garfinkel (Op. Cit.), citant Husserl, exprime que la valeur de l’indexicalité réside dans des «expressions dont le sens ne peut être décidé par un auditeur, sans que nécessairement il sache ou présume quelque chose sur la biographie et les objectifs[2] de l’utilisateur de l’expression, des circonstances de l’énoncé, du cours antérieur de la conversation ou de la relation particulière de l’interaction actuelle ou potentielle qui existe entre le locuteur et l’auditeur.» (Garfinkel, 1967, p. 4). «L’indexicalité ne s’attache pas seulement à ces termes que les linguistes nomment des «déictiques» (c'est-à-dire des indicateurs de personne, de temps et de lieu concernés dans l’interaction), mais d’une façon plus générale à toutes les expressions du langage ordinaire dont le sens, en tant qu’occurrence de mots types, n’est jamais réductible purement et simplement à la signification «objective» des mots de l’expression.» (Pharo, 1983, p. 147). Les définitions indexicales reposent donc sur une opposition avec les définitions «objectives».

  • · La contextualité

En ce qui concerne notre étude, et se rapportant à la contextualité de l’usage des outils, «[…] lorsque nous nous servons d'outils, ils deviennent transparents en tant que prolongement de notre corps ; ils deviennent en quelque sorte partie de nous-mêmes.» (Quéré, 1986, p. 23). Ceci souligne bien la corrélation avantageuse de l’étude ethnométhodologique avec l’objectif d’observation que nous nous sommes fixé dans ce travail, à savoir l’usage des Wikis, en tant qu’artefacts communicationnels.

En référence au paragraphe précédent, introduisant la notion d’indexicalité, l’ethnométhodologie complète ce principe (ils sont intrinsèquement liés et solidaires) par un double axiome de contextualité: le «contexte d’accomplissement» et celui de «compte-rendu» (Quéré,1986):

- Le «contexte d’accomplissement» est celui de l’action pratique. Prolongement de l’action elle-même, ce contexte lui est temporellement synchrone. Indissociables l’un de l’autre dans leur compréhension, le contexte d’accomplissement de l’action pratique correspond à une vision particulière du monde hic et nunc. Au-delà de la synchronie qui lie l’action à son contexte d’accomplissement, il leur existe une équivalence de lieu, l’ensemble instruisant la symbolisation de l’acte.
- Le «contexte de compte-rendu» fait référence au passé, vis-à-vis du discours qu’il engendre. Le compte-rendu, en tant que processus cognitif, revient donc à la conceptualisation symbolique d’une action antérieure. Il réside dans ce processus une relation asynchrone entre le moment de l’action et son compte-rendu, ainsi qu’une éventuelle distance spatiale. Ceci implique la distinction faite ici entre les deux axiomes de la contextualité: l’une est immédiate, alors que l’autre est différée au regard du contexte de l’action. En effet, il n’est plus possible de qualifier les deux discours de manière identique, le regard et la situation sur le contexte étudié n’est dorénavant plus le même.

A ce titre, les conditions contextuelles spatio-temporelles, au regard du compte-rendu, peuvent trouver un écho réflexif lorsque l’on envisage que le discours a posteriori de l’action relate un certain processus d’intériorisation, puis extériorisation du sujet en situation de récit.

  • · La réflexivité

«Le caractère réflexif et incarné des pratiques de descriptions et des descriptions constitue le nœud de cette recommandation.» (Garfinkel, 1967, p. 1).

A l’origine, le terme «réflexif» est employé en mathématiques. Dans ces termes, on parle de «relation réflexive». Elle se définit selon le fait qu'un objet renvoie à lui-même. L’exemple le plus flagrant concerne les termes d’une égalité où un objet est par nature égal à lui-même: «x = x». Cette réflexivité peut se concevoir à la manière dont un miroir renvoie l’image d’un objet, et ce, dans une perspective où l’image est identique en tout point de l’objet considéré, dans l’espace et dans le temps. La métaphore du miroir se complique cependant par le fait que la réflexivité implique des propriétés «optiques» n’altérant pas forcément la symétrie de l’objet (qu’elle soit interprétée de manière axiale ou bien centrale, les deux induisant une idée de conservation relative à la transformation symétrique). Le terme réflexif n’a donc pas de lien avec une quelconque idée de réflexion au sens de l’action de l’esprit qui réfléchit, de la pensée.

Pour reprendre la citation introduisant les Studies de Garfinkel et notre propos dans ce paragraphe, il convient d’en définir les termes-clefs pour l’ethnométhodologie: «incarnées» et «réflexives».
- «Incarnées» signifie que les descriptions sont portées par de la matière. Elles s'incarnent dans la personne qui décrit.
- «Réflexives» signifie alors que la description renvoie à cette personne et à son contexte.

Ces précisions sur la nature «incarnée» et ««réflexive» de la description indiquent que celle-ci est dans la personne, ou protée par elle et agit aussi en tant que miroir de celle personne. La réflexivité conduit à entrevoir le discours reflète la «mentalité» ou l’état d’esprit du locuteur décrivant son environnement par l’appréciation de l’appartenance exclusive de son discours à la condition du locuteur. Par extension, la réflexivité peut être entendue comme le lien de correspondance entre une expression indexicale et son contexte. De plus, il est possible d’adjoindre à cette définition la propension d’une personne à diriger et gérer de manière subjective l’indexicalité de son discours. Cette dernière interprétation de la réflexivité se comprend par la multiplicité des significations offertes au locuteur vis-à-vis de ses réseaux contextuels d’appartenance, en d’autres termes, le choix du langage est effectué de manière contextuelle. Ces choix supposent en effet que l'on établisse des liens pertinents de «miroir» entre une forme de discours, et la réalité contextuelle au milieu de laquelle ce discours s'incarne.

Afin de compléter cette définition de la réflexivité, l’exemple, somme toute courant de la littérature ethnométhodologique de la file d'attente semble pouvoir dévoiler cette notion de manière plus explicite. Considérons la situation suivante:
Prenant part à une file d’attente au guichet d’une banque, à une heure d’affluence, la file se constitue. Observant la règle implicite de cette file, nous contribuons activement à sa constitution, en y prenant place et en faisant respecter les convenances et l’ordre. Si par exemple un individu y déroge, il nous sera possible et tacitement convenu d’intervenir afin de rétablir la norme sociale. Dans cette même perspective, il nous est alors imposé, de manière réflexive, de conserver une attitude en adéquation avec cette convention implicite: intervenant pour faire respecter l’ordre de passage de la file d’attente face à l’intrusion d’un tiers, ne voulant vraisemblablement pas attendre son tour, nous adopterons une démarche réflexive en contribuant au bon fonctionnement de la file et en nous imposant de le respecter pour nous-mêmes. Nous contribuons ainsi à la constitution de la file, autant que nous sommes constitué par elle. Ainsi, au cours de cette action, il existe une temporalité synchrone et une réalité contextuelle de l’espace correspondant à l’action en cours. De même, sans nous (et les autres personnes de la file), la file d’attente ne se constituerait pas, et réciproquement, nous n’aurions pas de réalité au regard de la file, ainsi instituant et institué de l’ordre de la file coexistent en même temps.
En considérant cet exemple dans une autre temporalité, conduisant le narrateur à rendre compte a posteriori d’une situation similaire, l’instituant et l’institué ne se dissocient qu’au travers de la description narrative et de sa consubstantielle linéarité. Ils ne le sont pas dans l'activité réflexive, hic et nunc.

Pour aller plus loin dans l’explication de la réflexivité, Garfinkel propose un exemple issu de la «Gestalt-Theorie», reprise par Merleau-Ponty (1945) dans la phénoménologie existentielle:

Prenant en considération notre champ de vision direct et les objets qui s’y présentent, un livre, un cendrier, etc., il paraissent dans un premier temps s’imposer à nous, du fait de leur existence dans notre champ de vision. En effet, ces objets, bien qu’inanimés apparaissent organiser notre perception. En contrepartie le regard organise et constitue ces choses par notre propre vision du monde. C’est donc un effet réciproque d’«inter-détermination» du système regardant/regardé. Pour exprimer cela, il est aisé de proposer dans ce même exemple la dimension indexicale de l’activité réflexive à travers la description des objets précédemment énumérés. Le livre ou le cendrier peuvent être perçu (par notre regard) de différentes manières en fonction du contexte. Ainsi, leur couleur, forme, et tout autre attribution descriptive contextuelle (en fonction de la luminosité, l’acuité visuelle, etc.) instituera à la fois la description et la personne qui décrit.

  • · La notion de membre

Pour l’ethnométhodologie, la qualité de «membre» s’interprète comme le «rapport existentiel entre chacun de nous et les formes sociales d’appartenance concrète à tel ou tel groupe de personnes.» (Lecerf, 1985, p. 13). Ceci renvoie à la notion d'appartenance sociale, laquelle «[…] apparaît comme tout à fait fondamentale en ethnométhodologie ; car cette discipline fait de l'appartenance sociale à un groupe une condition normalement préalable à toute activité d'analyse et de description des activités sociales de ce groupe.» (Ibid., 1985, p. 5). De manière plus précise, le fait d’être membre est perçu ici comme la maîtrise d’un individu d’un langage naturel et commun en rapport avec l’appartenance sociale à un groupe.

«La notion de membre est le fond du problème. Nous n’utilisons pas le terme en référence à une personne. Cela se rapporte plutôt à la maîtrise du langage commun, que nous entendons de la manière suivante. Nous avançons que les gens, à cause du fait qu’ils parlent un langage naturel, sont en quelque sorte engagés dans la production et la présentation objectives du savoir de sens commun de leurs affaires quotidiennes en tant que phénomènes observables et racontables […].» (Grafinkel & Sacks, 1970, p. 342).

L’appartenance sociale à un groupe, quel qu’il soit, nécessite donc la maîtrise du langage de sens commun inhérent à ce groupe. Dans cette perspective, l’affiliation au groupe est soumise à une appropriation du sens commun et, par voie de conséquence, par l’apprentissage de ce dernier pour une personne qui lui serait a priori étrangère. Cette maîtrise du sens commun permet aux membres de reconnaître et de se reconnaître en tant que tels. «Une fois affiliés, les membres n’ont pas besoin de s’interroger sur ce qu’ils font. Ils connaissent les implicites de leurs conduites et acceptent les routines inscrites dans les pratiques sociales.» (Coulon, 2002, p. 42). Ceci montre bien, encore une fois, la solidarité entre les concepts énoncés plus haut, en ce sens que la réflexivité du membre et du groupe sont intimement liés à leur indexicalité.

«Il est habituel que les sciences opposent le «raisonnement scientifique» au «raisonnement de sens commun», affirmant la supériorité du premier sur le second. La légitimité proclamée notamment du professionnalisme dans les sciences sociales se fonde sur cette prééminence (affirmée en tous cas comme telle) du raisonnement scientifique sur le raisonnement de sens commun.
Or l’ethnométhodologie s'attache à démontrer que dans l'activité de la plupart des sciences, des raisonnements de sens commun viennent, de façon sournoise, couramment s'insérer au cœur même des raisonnements scientifiques comme composantes essentielles de ces derniers. Le fait que le rôle du sens commun dans un raisonnement scientifique soit difficile à déceler tient aux allants de soi. Un vecteur privilégié d'introduction d'allants de soi dans tout raisonnement est le langage naturel. Et beaucoup de sciences ont, comme instrument de connaissance obligé, et de manière incontestable, le langage naturel. Dans beaucoup de sciences donc, le raisonnement scientifique ne vaudra pas mieux que le raisonnement de sens commun.» (Lecerf, 1985, p. 6).

Les membres communiquent en procédant à des interactions utilisant des signification et formulations particulières en rapport avec le sens commun. Le lexique ethnométhodologique les nomme des «allant-de-soi». Ils se définissent par des «[…] affirmations que l'on n'a pas besoin d'expliciter parce qu'elles «vont de soi» ; mais des affirmations indispensables pourtant à la cohérence des informations que l'on échange.» (Ibid., 1985, p. 4). Au regard de la «maîtrise du langage commun» d’un membre vis-à-vis de son groupe, les allant-de-soi apparaissent nécessairement partagés entre les membre, au risque de court-circuiter la communication.

Il existe «une connexion très forte entre la notion d'allant de soi et celle présentée par l'ethnométhodologie sous le nom de Accountability ; les allant-de-soi sont un matériau essentiel de cette dernière.» (Ibid., 1985, p. 4).


  • · L’«accountability» («desxriptibilité» ou «restituabilité»).

«Les études ethnométhodologiques analysent les activités quotidiennes des membres comme méthodes qui rendent ces mêmes activités visiblement rationnelles et rapportables à toutes fins pratiques, c'est-à-dire descriptibles (accountable), en tant qu’organisation ordinaire des activités de tous les jours.»
(Garfinkel, 1967, p. 1). «Pour que les membres puissent décrire, interpréter, expliquer, raconter le monde social, il faut que celui-ci soit disponible d'une manière ou d'une autre, c'est-à-dire intelligible, descriptible, analysable, observable, racontable, bref «accountable». Mais alors d'où procède cette accountability ?» (Quéré, 1984, p. 74). A cette question, Garfinkel répond que l’«accountability» procède d’une production des acteurs: «Plus précisément, elle est un accomplissement pratique des acteurs, indissociable de l'auto-organisation, occasionnée et locale, de leurs activités, c'est-à-dire de la production de celles-ci comme réalités ordonnées. Il y va de l'objectivité du monde social en tant que produit des activités pratiques des membres : en effet, dit Garfinkel, les faits sociaux sontperformatively objective.» (In Lecerf, 1985, p. 3).

L’accountability est donc la decriptibilité des activités quotidiennes des membres d’un groupe. Elle rejoint la notion de réflexivité en ce sens qu’elle exprime la représentation «objective» et partagée du monde pour un membre. En tant qu’accomplissement des acteurs, cette représentation est utilisée comme fondement des processus de décision vis-à-vis d'activités pratiques. Il convient cependant d’y apporter quelques éclaircissements:
- L'accountability est localement située. Elle se rapporte à l’environnement du groupe de référence des membres.
- Cette descriptibilité fait intervenir des allant-de-soi, la représentation du monde qui en est produite recouvre souvent de l’implicite.
- Il existe une interaction entre les membres permettant un partage social de la représentation. De ce fait, l’accountability groupale permet l’articulation des représentations individuelles entre elles.
- Le caractère non figé des actions de la vie quotidienne engage des interactions à l’origine d’un évolution constante et réflexive des représentations individuelles et de celles du groupe. Bien que non cumulatives au regard de la construction des descriptibilités, les évennements qui se produisent au cours des interactions sociales du groupe s’imbriquent dans le processus de construction en cours d’action et a posteriori.

Le sens commun peut ainsi évoluer, se modifier sur les fondements d’une antériorité avec laquelle le cours de l’action interagit et les significations ne sont pas immuables du fait de leur interdépendance.

  • · La compétence unique («unique adequacy»)

Selon Garfinkel, l’ethnométhodologue doit être «initié», «converti» et reconnu comme tel par le groupe qu'il étudie. Pour cela, il lui faut s’investir dans le groupe afin acquérir «la compétence unique» (Garfinkel, 1967, p. 1). La compétence unique (ou «unique adequacy») consiste pour l’ethnométhodologue à se mettre en situation dans le but d’accéder à une connaissance de l'intérieur des phénomènes qu'il prétend décrire. Le chercheur doit donc maîtriser le langage commun du groupe qu’il veut étudier, afin d’en devenir membre. Garfinkel et Sacks (1970) proposent dans le même schème de pratiquer «l'indifférence ethnométhodologique». Ce processus d’acculturation revient à ce que le travail ethnométhodologique «ne consiste pas à modifier, élaborer, contribuer, détailler, diviser, expliquer, étayer la relation au raisonnement sociologique professionnel, pas plus que notre indifférence à ces tâches. Notre indifférence concerne plutôt l’ensemble du raisonnement sociologique pratique, et ce raisonnement implique inévitablement pour nous, quelles qu’en soient les formes, la maîtrise du langage naturel. Le raisonnement sociologique professionnel ne se distingue en aucune façon comme un phénomène à l’attention de notre recherche. Les personnes faisant des études ethnométhodologiques peuvent se soucier ni plus ni moins du raisonnement sociologique professionnel, que des pratiques du raisonnement juridique, du raisonnement des conversations, du raisonnement divinatoire, ou psychiatrique, et ainsi de suite.» (Garfinkel & Sacks, 1970, pp. 345-346).

En d’autres termes, au sujet de la compétence unique, il s’agit de «refuser de tenir compte du projet prédominant qui vise à évaluer, reconnaître, catégoriser, décrire [...] en se servant d'une règle ou d'un étalon définis en dehors des situations [...]». «Toutes les procédures qui invoquent des règles pour évaluer sur un plan général les propriétés logiques et méthodologiques des pratiques d'enquête et de leurs résultats, n'intéressent [pas] l'ethnométhodologie». (Garfinkel, 1967, p. 1). Tout ceci peut se résumer dans le fait que l’indifférence pratiquée au regard de la compétence unique de l’ethnométhodologie propose de s’intéresser à l’observation de l’ensemble des constituants du terrain de recherche. Par opposition la doctrine sociologique classique, pratiquant des typologies, classifications, etc., associées à la notion de compétence universelle, l'ethnométhodologie demande de s’occuper des pratiques locales du groupe étudié. Si des croyances universelles jouent un rôle local et s'intègrent aux mythes locaux, c'est-à-dire s’il y a manifestation effective du rôle local d'un concept scientifique universel, celle-ci pourra instruire la recherche ethnométhodologique.

  • · La mise en scène de l'action sociale («scenic display»)

La mise en scène correspond à une rétrospective animée de l’action décrite. Ceci s’explique par la nature de l’observation ethnométhodologique, pour laquelle le cours de l’action est le point central. Dans cette perspective dynamique, le monde et plus précisément le contexte, est constamment «en train de se faire». Goffman (1973), dans «La mise en scène de la vie quotidienne I», accorde au corps une place prépondérante au sein de son ouvrage: il s'intéresse avant tout aux interactions. Dans «La présentation de soi II: Les relations en public», Goffman (1973) envisage la vie sociale comme une scène (région où se déroule la représentation), avec ses acteurs, son public et ses coulisses (l'espace où les acteurs peuvent contredire l'impression donnée dans la représentation). Il nomme «façade» différents éléments avec lesquels l'acteur peut jouer, tel le décor, mais aussi la façade personnelle (signes distinctifs, statut, habits, mimiques, sexe, gestes, etc.). Les acteurs se mettent en scène, offrant à leur public l'image qu'ils se donnent. Ils peuvent avoir plusieurs rôles, sans qu'il y en ait un plus vrai que l'autre, et prendre leur distance vis-à-vis d'eux, jouant sur la dose de respect à la règle qu'il juge nécessaire ou adéquat. Les acteurs en représentation construisent une définition commune de la situation. Une «fausse note» est une rupture dans cette définition, suite à un impair commis par un ou plusieurs acteurs. Cela produit une représentation contradictoire, une remise en question de la réalité commune, causant un malaise général. Pour éviter ces impairs, des techniques de protection, aussi appelé «tact», sont mises en œuvre, comme les «échanges réparateurs» telles les excuses ritualisées, les «aveuglements par délicatesse», etc.

Selon Goffman (1976), dans «Stigmate - Les usages sociaux des handicaps», un individu est dit «stigmatisé» lorsqu'il présente un attribut qui le
disqualifie lors de ses interactions avec autrui. Cet attribut constitue un écart par rapport aux attentes normatives des autres à propos de son identité. Chaque individu est plus ou moins stigmatisé en fonction des circonstances, mais certains le sont plus que d'autres: tous peuvent être placés sur un «continuum». Les stigmates sont nombreux et variés: parmi eux, le passé des individus, les handicaps, les tares de caractère, l'homosexualité, l'appartenance à un groupe donné, etc. L'acteur va donc tout mettre en œuvre afin de cacher ce stigmate ou en tout cas d'éviter qu'il ne constitue un malaise chez son public. Goffman (1974), dans «Les rites d'interaction» nomme «contacts mixtes» les interactions à risques entre normaux et stigmatisés. Le risque de fausse note y est théoriquement plus élevé. L'auteur met toutefois en garde ses lecteurs contre le risque de prendre trop au sérieux cette métaphore.


2.2. Les méthodes de l’ethnométhodologie

Le terme d’ethnométhodologie porte souvent à confusion en tant qu’il ne recouvre pas une «nouvelle» méthodologie. Garfinkel la définie en effet comme une science des «procédures qui constituent […] le «raisonnement sociologique pratique»». (Coulon, 2002, p. 73). Nous nous appliquerons, dans les paragraphes qui suivent, à en éclaircir les principales méthodes d’investigation de terrain.

  • · La méthode documentaire d'interprétation

Ce terme est emprunté à Karl Mannheim (1952), entendant cette méthode comme applicable à une connaissance savante. Garfinkel quant à lui, dans l’optique ethnométhodologique, offre une lecture destinée à l’étude du domaine «profane», du quotidien où intervient tout acteur social (Garfinkel, 1967, p. 40). La méthode documentaire d'interprétation, telle qu'il la transpose, est un moyen permettant de rendre compte du caractère interprétatif des faits d’un discours. Ainsi, à la fois expliquant cette conception de la méthode et formulant une critique à l’égard des raisonnements scientifiques positivistes en sociologie, il décrit que «[…] partout où se pratique la recherche en sociologie, on trouve des exemples illustrant l’usage de la méthode documentaire. […] Son usage est manifeste dans de nombreuses occasions d’exploitation d’enquêtes, lorsque le chercheur, reprenant ses notes d’interview ou rapportant les réponses d’un questionnaire, doit décider ce que l’interviewé avait à l’esprit… Lorsqu’un chercheur s’interroge sur le «caractère motivé» d’une action, ou sur une théorie, ou sur l’adhésion d’une personne à une juste cause, et d’autres choses semblables, il utilise ce qu’il a effectivement observé pour «documenter» un pattern sous-jacent. La méthode documentaire est utilisée pour résumer l’objet.[…] La méthode documentaire est utilisée à chaque fois que l’enquêteur construit une histoire de vie ou une «histoire naturelle». La tâche d’historicisation de la biographie d’une personne repose sur l’usage de la méthode documentaire pour sélectionner et ordonner les évènements passés, de telle sorte qu’on attribue aux circonstances présentes leur pertinence passée et leurs perspectives futures. L’usage de la méthode documentaire n’est pas réservée aux cas de procédures «douces» et de «descriptions partielles». Elle intervient également dans des cas de procédures rigoureuses où les descriptions sont sensées épuiser un ensemble défini de procédures observables.» (Garfinkel, 1967, pp. 94-95).

En vue d'expérimenter cette méthode, Garfinkel met en place un dispositif à l’UCLA, où il invite dix étudiants à participer à l'expérience menée au département de psychiatrie. Cette expérience de laboratoire (Garfinkel, 1967, pp. 80-88) consistait à étudier les «méthodes alternatives de psychothérapie» en vue de conseiller les personnes sur leurs problèmes personnels. En réalité, le conseiller menant l'expérience était un sociologue, collaborateur de Garfinkel. Le fond de l’expérience reposait sur les critères suivants:
- Les étudiants pouvaient poser dix questions au conseiller;
- Ils étaient consultés séparément en entretien, séparés physiquement et visuellement du conseiller ;
- Les réponses des conseillers ne pouvaient être que «oui» ou «non»;
- Les étudiants pouvaient disposer à leur guise du dispositif de communication (interphone) avec le conseiller;
- Ils pouvaient enregistrer leurs propres commentaires sur magnétophone;
- Les réponses des conseillers étaient aléatoirement prédéterminés.
Après l’entretien, les étudiants devaient résumer leurs impressions sur celui-ci, avant d’être interviewés.

Malgré l’étrangeté apparente du dispositif de réponse de l’expérience (uniquement «oui» ou «non»), les étudiants participants ont réagit de telle sorte que leur propre réflexion les rendaient cohérentes, ce en procédant à un commentaire explicatif. Cette expérience a permis de dévoiler les méthodes employées par les étudiants pour légitimer la réponse du conseiller.

Ceci permet de comprendre ce que Garfinkel évoque lorsqu’il décrit les méthodes des scientifiques utilisant la méthode documentaire: leurs thèses, dans un souci explicatif complémentaire, s’alimentent au cours des travaux des réponses effectuées par les sujets étudiés, de réinterprétations des propos tenus par les acteurs sociaux.

Garfinkel évoque de même la notion de «pattern sous-jacent». «Le pattern, c'est le thème mais c'est aussi la procédure d'énonciation - dire et comment dire : les éléments de biographie communs à deux personnes, la gêne, la complicité, la conduite de la vie familiale... Le pattern appartient aux éléments de la connaissance de sens commun, aux faits sanctionnés socialement. L'accountability du pattern est supposée connue de tous. C'est pourquoi dans l'organisation d'une activité pratique comme la conversation, il est fait sans arrêt référence à un pattern pour comprendre les éléments de détail, les indexicaux de la conversation. Le langage est de ce point de vue le milieu naturel d'exhibition et de confection des patterns.» (Signorini, 1985, p. 78). Le pattern constitue en soi, dans le langage commun, le référent contextuel permettant l’intelligibilité du discours au regard de l’indexicalité. «La méthode documentaire d’interprétation permet [donc] de voir les actions des autres comme l’expression de «patterns», ces «patterns» permettent de voir ce que sont les actions.» (Coulon, 2002, p. 52).

La méthode documentaire d'interprétation généralisée à l'ensemble du «raisonnement sociologique pratique», du point de vue ethnométhodologique, montre comment la réflexivité est bien, avec l'indexicalité, à la racine de ces procédures par lesquelles nous interprétons continuellement le monde social (accountability) en fonction de nos besoins et pas seulement dans des «démarches savantes».

  • · Les ruptures de routines(«breaching»)

Le «breaching», est une technique employée en ethnométhodologie dans le but de faire émerger des informations pertinentes qui ne parviennent pas à la perception du chercheur confronté à sa «compétence unique» de membre du groupe étudié. Si, comme nous l’avons énoncé précédemment, cette dernière est un levier dans la compréhension des mécanismes de construction du sens, le breaching consiste à perturber les routines habituelles avec pour corollaire la mise en lumière des «allants-de-soi» (mécanismes par lesquels le sens se négocie). La méthode consiste à perturber une routine en générant une (ou plusieurs) nouvelle information. Le groupe peut, en «réaction», adopter une position le portant à la valider ou bien à en débattre, dévoilant ainsi les méthodes locales de construction du sens (que les membres utilisent pour négocier ce nouveau sens).

L’utilisation de cette méthode afin de déranger les routines se fonde sur les études de Garfinkel, concernant la confiance (Garfinkel, 1963). Il montre en effet que les relations fondées sur un ordre naturel établi ne sont a priori pas perceptibles. Elles existent en «arrière-plan» des discours. La relation de confiance instaurée par l’application implicite du sens commun peut être ainsi perturbée en vue de provoquer une incompréhension, une rupture dans la communication. Cette rupture est généralement accompagnée par l’émergence des connaissances mutuelles socialement partagées entre les membres qui assurent «le processus de constitution des faits sociaux et de l’ordre social en tant qu’accomplissement pratique continu. La compréhension commune ou l’accord mutuel qui assurent la communication et l’action concertée sont aussi un travail de production locale et contingente d’acquiescement aux attentes d’arrière-plan.» (Gueorguieva, 2004).

  • · L’observation participante

L’observation participante est un moyen d’observation issu de l’ethnographie. Elle donne lieu à une immersion du chercheur au sein du groupe qu’il souhaite étudier. Elle se caractérise par une période d’interactions, durant laquelle il sera primordial pour l’observateur de récolter des données (Bogdan et Taylor, 1975). Ceci sous-entend qu’il ait à s'immerger personnellement dans la vie des gens. Il doit partager leurs expériences. Dans cette optique, il convient de comprendre que l’«observation participante» requiert de ne pas sacrifier à la description des phases et processus conduisant le terrain. A ce titre, l’observation doit être entendue comme le travail de terrain en son ensemble, depuis l'arrivée du chercheur, quand il commence à en négocier l'accès, jusqu'au moment où il le quitte. Dans la pratique ethnographique l'observateur participant contribue à produire par ses descriptions et son action la situation qu'il décrit (Schwartz & Jacobs, 1979).

Lorsque nous parlons de «données collectées, il s’agit de l’ensemble des sources d’observation du terrain. Elles peuvent être de différente nature:
- L’observation en elle-même, en d’autres termes, tout ce que l’observateur voit, perçoit, remarque, peut décrire au contact du groupe étudié;
- Les entretiens qu’il a avec les membres du groupe, mais aussi les conversations communes (auxquelles il participe) effectuées au sein du groupe.
- L’étude documentaire, c'est-à-dire les documents officiels, et personnels. Les premiers étant ceux qui se rapportent à la «vie publique» du groupe (i.e.: presse; contrats juridiques; etc.), tandis que les seconds ont trait à la vie personnelle des membres (i.e.: courrier; autobiographie; journaux intimes; etc.).

Du point de vue ethnométhodologique, dont les études s’intéressent aux phénomènes de la vie quotidienne, l’observation participante (ou participation observante) fait référence à la posture d’«indifférence ethnométhodologique» (Garfinkel & Sacks, 1970, p. 345), explicité sous la forme suivante:
«Les études ethnométhodologiques sur les structures formelles sont destinées à l’étude des phénomènes tels que leurs description par les membres quels qu’ils soient,en s'abstenant de tout jugement sur leur pertinence, leur valeur, leur importance, leur nécessité, leur «praticalité», leur succès ou leurs conséquences.» (Ibid., 1970, p. 345).

La pratique de cette indifférence engendre le postulat d’une «objectivation» de la position du chercheur. En tant que membre (initié) du groupe, sa position donne à l’observateur, une accessibilité à la compréhension du langage commun du groupe étudié, mais en tant que chercheur, il doit pouvoir afficher une certaine «neutralité» vis-à-vis de son observation. L’implication induite par la pratique l'observation participante (ou la participation observante), engage le chercheur dans un rapport au groupe tel qu'il se doit de décrire que son impartialité peut en être suspectée. Cette dichotomie explique une quasi impossible objectivité parfaite de l’observateur. A ce titre et afin d’objectiver sa position, il est indispensable à l’ethnométhodologue de se décrire de manière autobiographique et de montrer en quoi ses rapports au groupe étudié peuvent ou pourraient biaiser ses propres capacités de compréhension, à travers ses sympathies ou antipathies.


  • · L’analyse de conversation

Harvey Sacks (1992) fonde cette méthode d’analyse dans le milieu des années 1960 et il y consacrera ses cours sur les conversations ordinaires. L’analyse de conversation recouvre vraisemblablement «l’étude des structures et des propriétés formelles du langage» (Coulon, 2002, p. 68). Le principe en est d’étudier minutieusement ce qui se produit dans les interactions verbales. Les analyses de conversation s'intéressent alors spécifiquement à l'organisation séquentielle des tours de paroles. Ce type d’analyse se conduit dans l’optique de «capter» les processus conversationnels en ce qu’ils montrent l’intelligibilité des comportements organisationnels des acteurs en situation.

Selon John Heritage (1984), l’analyse de conversation comporte trois hypothèses principales:
- «L’interaction est structurellement organisée;
- Les contributions des participants de cette interaction sont contextuellement orientés: la procédure d’indexation des énoncés à un contexte est inévitable;
- Ces deux propriétés se réalisent dans chaque détail de l’interaction, de telle sorte qu’aucun détail ne peut être congédié, parce qu’accidentel ou non pertinent.» (Coulon, 2002, p. 68).

  • · L’ethnographie constitutive et le «Tracking»





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[1] «Where others might see ‘things,’ ‘givens,’ or ‘facts of life,’ the ethnomethodologist sees (or attempts to see) process: the process through which the percievedly stable features of socially organized environment are continually created and sustained.»
[2] L’objectif cité ici est à rapprocher, en ce qui nous concerne, de la notion d’intention.


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